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Malade imaginaire: suis-je hypocondriaque?

Ce qui, pour les uns, n’est probablement qu’une piqûre de moustique, constitue pour d’autres le début possible d’un cancer de la peau. Les personnes très sujettes à ce type d’inquiétude se voient à la longue qualifier d’hypocondriaques.

Les personnes souffrant d’un trouble hypocondriaque vivent dans un état de peur de la maladie. Elles ont du mal à vivre avec l’incertitude qu’elle ressentent, devant l’impossibilité d’expliquer chaque symptôme physique. La qualité de vie de ces personnes et de leur entourage est souvent fortement réduite. L’hypocondrie peut-elle se soigner? Quel soutien peut apporter l’entourage? Nous avons posé la question à Björn Keller, psychothérapeute FSP chez Wepractice.

Comment se manifeste l’hypocondrie?

La maladie, réelle ou possible, devient la préoccupation la plus importante. La vie d’une personne hypocondriaque est dominée par la peur d’une maladie potentiellement mortelle. Prisonnière de ses émotions, elle n’a plus la possibilité de s’occuper d’autres sujets. Les hypocondriaques ne font souvent confiance ni à l’examen ni au diagnostic de leur médecin, et recherchent un deuxième ou un troisième avis. C’est ce que nous appelons le «shopping médical». Je tiens à préciser ici que les hypocondriaques ne sont pas des personnes qui s’écoutent trop, mais souffrent d’une maladie psychosomatique, qui nécessite un traitement.

Qui est concerné par l’hypocondrie?

L’hypocondrie peut toucher tout le monde, à tout âge. Les situations de vie stressantes, telles qu’un divorce, un décès ou des problèmes professionnels, constituent un terrain propice à une hypersensibilité. L’hypocondrie peut également se développer pendant l’enfance. Les parents et leur comportement, ainsi que leurs mises en garde éventuelles, jouent un grand rôle. Un enfant surprotégé, mis en garde contre tous les dangers et averti de toutes les éventualités, tombera plus facilement dans l’hypocondrie que sa camarade qui a grandi sans soucis et sans contraintes.

Le Covid a-t-il renforcé notre hypochondrie?

Les circonstances de la vie jouent un rôle majeur dans l’adoption d’un comportement de contrôle excessif. Le Covid a constitué une épreuve pour les personnes à tendance hypocondriaque. La désinfection des mains et le port de masques nous ont rappelé de manière omniprésente le risque d’une éventuelle maladie. Selon la structure nerveuse, un mécanisme de contrôle renforcé a pu se déclencher. Il faut alors attaquer le mal à la racine et lutter contre les angoisses par une thérapie ciblée.

À quoi se reconnaît l’hypocondrie?

Elle apparaît généralement avant l’âge de cinquante ans et, dans les premiers temps, est d’abord remarquée par les membres proches de la famille. Les médecins généralistes constatent rapidement la présence d’une anxiété excessive, qui ne provient pas d’une maladie physique, mais dont l’origine est à chercher dans le psychisme. L’étape suivante est d’orienter la personne vers un-e psychosomaticien-ne ou un-e psychologue. La personne atteinte est souvent consternée par ce diagnostic. Elles est convaincue de pas souffrir d’un trouble mental. À ce moment-là, il faut au ou à la psychologue beaucoup d’empathie et de tact pour lui expliquer qu’une maladie psychique se manifeste aussi par des symptômes physiques. L’objectif premier du traitement est que la personne concernée reconnaisse et accepte que ses troubles ne sont pas dus à une maladie physique.

(Voir suite ci-dessous...)

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Quel est l’état d’esprit d’un-e hypocondriaque ?

Dans la pratique, l’hypocondrie va souvent de pair avec une dépression. Cette dépression entraîne une plus grande inquiétude, une vision négative du monde et de soi-même et une peinture en noir de l’avenir. Cause ou effet? La dépression était-elle déjà présente ou est-elle née d’un sentiment d’impuissance, face à une attente non satisfaite par le médecin? La dépression et l’hypocondrie conduisent souvent à la solitude, car il faut beaucoup d’indulgence pour côtoyer les personnes concernées. Ce que je comprends parfaitement, car les éventuelles maladies comme seul et unique sujet de conversation, c’est agaçant. Pour les proches et l’entourage des personnes concernées, l’important est d’aborder le problème - car il s’agit bien d’un problème - et de faire face à une éventuelle confrontation. Si les parents et les proches ne le font pas, ils se retireront tôt ou tard, et la personne atteinte d’hypocondrie sera isolée. J’ai constaté que lors d’une rencontre, il est utile de prévoir une durée de 15 minutes à accorder à la personne malade, pour qu’elle puisse parler activement de ses troubles.

L’hypocondrie peut-elle se soigner?

Le traitement médicamenteux soigne avant tout les symptômes, pas la cause. La thérapie comportementale, en revanche, s’adresse au vécu et au comportement. Il s’agit également de développer une gestion saine des situations de stress et de briser les schémas de comportement exagérément sécuritaires. L’hypocondrie est guérissable - plus vite le diagnostic est posé et le traitement adéquat mis en place, plus grandes sont les chances de retrouver une vie sereine.

Quelle est l’utilité des montres intelligentes, des trackers de fitness et autres?

C’est une illusion de croire que l’on peut rendre la vie sûre - la vie est dangereuse en soi. L’esprit qui prévaut actuellement: avoir, toujours et partout, tout sur soi afin d’éviter immédiatement toute zone éventuelle d’inconfort ou de danger, correspond à un comportement exagérément sécuritaire. Cela ne signifie pas que les personnes allergiques doivent laisser leur trousse d’urgence à la maison ou que les personnes souffrant d’une maladie cardiaque ne doivent pas emporter les médicaments correspondants. Dans ces situations aiguës, la précaution est justifiée. On nous fait cependant croire que ces trackers nous permettent de tout contrôler à tout moment. Les personnes ayant un comportement hypocondriaque devraient éviter ces mécanismes de surveillance. La surveillance à des fins d’entraînement peut avoir du sens mais, là aussi, n’est-il pas préférable d’écouter son corps et de connaître ses limites? L’hypocondrie commence insidieusement et lorsqu’on s’est embarqué-e dans des mesures de sécurité de toutes sortes, il est extrêmement difficile de revenir en arrière.

La cybercondrie: Dr. Google, malédiction ou bénédiction?

En recherchant sur Internet la maladie qu’elles ont diagnostiquée et les troubles dont elles souffrent, les personnes hypocondriaques trouvent rapidement la confirmation qu’il s’agit très probablement d’une maladie mortelle. C’est pourquoi je déconseille cette approche. Si, malgré tout, il existe un fort besoin d’information, je conseille à mes patient-es de rassembler tous les faits qui parlent en défaveur d’une maladie grave. Quoi qu’il en soit, il est important de discuter de ces découvertes avec un médecin ou un thérapeute.

Une personne hypocondriaque peut-elle s’intégrer dans la société?

La société n’est pas du tout tolérante envers les hypocondriaques - en général, les personnes souffrant d’une maladie mentale font partie des groupes le plus stigmatisés et ont une position difficile. Par leur peur constante des maladies, les personnes concernées limitent considérablement leur rayon d’action. En raison de leur faible capacité de résistance, la société ménage les hypocondriaques, qui n’ont souvent pas à assumer de responsabilités, ce qui favorise chez elles la peur de l’échec et des situations de vie exigeantes. L’une de mes approches thérapeutiques consiste à aborder cette peur de la maladie et de la mort - avec souvent le constat que les personnes concernées n’ont pas peur de la mort, mais de la vie.

de Helen Dietsche,

publié le 05.09.2023


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